SI ON FILM ... LOSOPHAIT ...

Descartes, ou encore Blaise Pascal, Socrate ou Saint-Augustin (des téléfilms que l’on doit tous au réalisateur italien, Roberto Rossellini, il faudrait d’ailleurs se pencher sur son attachement aux philosophes), et sans oublier, la liste est longue : Wittgenstein, Arendt, Kant, Confucius… tous ces philosophes ont eu droit à leur film. 
Courante, c’est toutefois la représentation la plus ambiguë du philosophe: puisqu’à la dimension objective et objectivée sur l’écran de leurs thèses, s’ajoutent toujours une part de romance, le parti-pris du réalisateur de mettre en lumière, d’une certaine manière, un aspect de leurs œuvres, et surtout le choix de les mêler à la vie des philosophes. 
Or, comment mettre en scène des idées à travers une vie sans faire un cours ni une pure biographie ? Certains de ses films tombent dans un de ces écueils : celui, hagiographique, de la vie d’un philosophe qui paraît, cependant, bien fade à côté de son génie, ou celui de l’exposé, parfois même du contre-sens, mais ils ont néanmoins tous une ambition : révéler comment des idées s’incarnent, prennent forme, et surgissent au sein d’une existence, parfois même s’y confrontent...
L’autre représentation, la 2ème, c’est, à l’inverse des fictions inspirées de penseurs réels et connus, celle du philosophe anonyme, qui joue un rôle, celui du philosophe type. A quoi ressemble ce philosophe type ?

On peut déjà essayer de les recenser à travers plusieurs films : il y a, par exemple, les profs tourmentés d’Arnaud Desplechin, les habitués de la philosophie chez Eric Rohmer qui interrogent tout, tout le temps et longtemps, le spécialiste de philosophie allemande qui découvre l’amour, c’est, par exemple, dans le film Pas son genre de Lucas Belvaux, et puis, comme on l’a entendu, l’homme irrationnel de Woody Allen. 
Dans tous ces cas, il faut le dire : le philosophe n’a rien du sage, mais plutôt tout de l’individu en pleine crise existentielle. Car celui qui questionne le monde et les autres, se trouve, à la faveur d’un événement, à se questionner lui-même. On est en plein dans l’incarnation du philosophe qui tente de faire de sa vie son œuvre, et s’aperçoit, dure prise de conscience, que le réel s’oppose parfois, et même souvent, à ses propres théories. 

Très stéréotypé, ce personnage du philosophe est pourtant loin d’un idéal du philosophe, d’un idéal-type. On est plutôt face à un caractère, comme on en trouve chez La Bruyère, où la caractérisation qui saisit l’esprit d’un type, n’empêche en rien la variété et la diversité de la réalité. 
A cet égard, celui du caractère du philosophe, le plus fort reste alors, parmi ces représentations, celle-ci, la dernière, celle du philosophe dans un documentaire. Barthes et le théâtre du langage, ou L’aventure Althusser, produits et diffusés tous les deux sur Arte, nous montrent ainsi des idées (mieux dites que quand elles sont jouées et exposées) qui s’incarnent à travers des détails : un geste, un regard, la manière d’allumer une cigarette ou la main qui replace une mèche ou un objet sur un bureau, l’aisance qui masque la gêne… 
On y voit des philosophes en vrai, en acte, pas leurs vies, mais leurs manières de vivre, leur style. Et puisque j’évoquais La Bruyère, il faut rappeler qu’il disait à propos du philosophe, je cite qu’il “consume sa vie à observer les hommes, moins par une vanité d’auteur que pour mettre une vérité qu’il a trouvée dans tout le jour nécessaire”. Ici, les choses s’inversent, et le jour se fait sur une vie de philosophe. 

Géraldine Mosna-Savoye

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