EMPÉDOCLE (490 av.J.C./ 430 av.J.C.) -
Empédocle (en grec ancien : Ἐμπεδοκλῆς / Empedoklês) est un philosophe, poète, ingénieur et médecin grec de Sicile, du ve siècle av. J.-C. Il fait partie des philosophes présocratiques, ces premiers penseurs qui ont tenté de découvrir l'arkhè du cosmos, son « schéma ». L'originalité d'Empédocle est de poser deux principes qui règnent cycliquement sur l'univers, l'Amour et la Haine. Ces principes engendrent les quatre éléments dont sont composées toutes les choses matérielles : l'eau, la terre, le feu et l'éther (ou l'air). L'Amour est une force d'unification et de cohésion qui fait tendre les choses vers l'unité (par exemple les organismes vivants) ou même l'Un quand il s'agit du cosmos. La Haine est une force de division et de destruction qui fait tendre les choses vers le multiple.
FRAGMENTS
DE LA NATURE - PURIFICATIONS
1. Et toi, prête l’oreille, Pausanias, fils d’Anchitos, le Sage !
2. Car étroitement limitées sont les forces qui sont répandues sur les parties de leurs corps, et nombreux sont les maux qui fondent sur eux et émoussent le tranchant de leurs soucieuses pensées ! Ils ne voient qu’une faible mesure d’une vie qui n’est pas une vie[1], et, condamnés à une prompte mort, ils sont enlevés et se dissipent comme une fumée. Chacun d’eux est instruit de cela seulement qu’il a rencontré par hasard au gré de ses errements, et il ne se vante pas moins dans sa frivolité de connaître le tout. Tant il est difficile que ces choses soient vues par les yeux ou entendues par les oreilles des hommes, ou saisies par leur esprit. Toi donc[2], puisque tu as trouvé ton chemin jusqu’ici, tu apprendras, mais non plus que l’esprit mortel ne possède de force. — R. P. 163.
3. …à garder dans ton cœur muet.
4. Mais, ô dieux, détournez de ma langue la folie de ces hommes[3]. Sanctifiez mes lèvres et faites couler d’elles un fleuve pur ! Et toi, très courtisée Muse, vierge aux bras blancs, je te supplie de me faire entendre ce qui convient aux enfants d’un jour ! Fais-moi avancer dans ma voie dès la demeure de la Sainteté et pousse mon char docile ! Des couronnes de gloire et d’honneur de la main des mortels ne te forceront pas à les soulever du sol, afin que, dans ta fierté, tu parles au-delà de ce qui est équitable et droit et que tu gagnes ainsi un siège sur les hauteurs de la sagesse.
Commence maintenant, considère de toutes tes forces de quelle manière chaque chose est claire. N’accorde pas à ta vue un trop grand crédit en comparaison de ton oreille, et n’estime pas ton oreille qui résonne au-dessus des claires instructions de ta langue[4] ; et ne refuse ta confiance à aucune des autres parties de ton corps par lesquelles il y a un accès à l’intelligence[5] ; mais considère toute chose de la manière qu’elle est claire. — R. P. 163.
5. Mais c’est toujours le fait des esprits bas de ne pas croire ceux qui valent mieux qu’eux. Apprends, toi, comme te l’ordonnent les sûrs témoignages de ma Muse, en divisant[6] l’argument dans ton cœur.
6. Apprends d’abord les quatre racines de toutes choses : Zeus qui brille, Héra qui donne la vie, Aidoneus et Nestis, dont les larmes sont une fontaine de vie pour les mortels[7]. — R. P. 164.
7. …incréé.
8. Et je te dirai autre chose. Il n’est pas d’entrée à l’existence ni de fin dans la mort funeste, pour ce qui est périssable ; mais seulement un mélange et un changement de ce qui a été mélangé. Naissance n’est qu’un nom donné à ce fait par les hommes. — R. P. 165.
9. Mais quand les éléments ont été mélangés sous la figure d’un homme, et viennent à la lumière du jour, ou sous la figure d’une espèce de bêtes sauvages ou de plantes ou d’oiseaux, alors les hommes disent que ceux-ci naissent ; et quand ils sont séparés, ils donnent à cela le nom de mort douloureuse. Ils ne le nomment pas d’un nom juste ; mais, moi aussi, je suis la coutume et je l’appelle ainsi moi-même.
10. Mort vengeresse.
11. 12. Fous — car ils n’ont pas de pensées étendues — qui s’imaginent que ce qui n’était pas auparavant vient à l’existence, ou que quelque chose peut périr et être entièrement détruit. Car il ne se peut pas que rien puisse naître de ce qui n’existe en aucune manière, et il est impossible et inouï que ce qui est doive périr ; car il sera toujours, en quelque lieu qu’on le place. R. P. 165 a.
13. Et dans le Tout, il n’y a rien de vide et rien de trop plein.
14. Dans le Tout, il n’y a rien de vide. D’où, par conséquent, pourrait venir quelque chose qui l’augmentât ?
15. Un homme sage en ces matières ne supposerait jamais dans son cœur que les mortels ne sont et ne souffrent bien et mal qu’aussi longtemps qu’ils vivent ce qu’ils appellent leur vie, tandis qu’ils ne sont absolument rien avant d’avoir été formés et une fois dissous.— R. P. 165 a.
16. Car vraiment ils (l’Amour et la Haine) étaient avant les temps, et ils seront ; et jamais, à ce que je crois, le temps infini ne sera vide de ce couple. — R. P. 166 c.
LA MORT D'EMPÉDOCLE OU QUAND LE VER DE LA TERRE BRILLERA A NOUVEAU POUR VOUS (1986)
JEAN-MARIE STRAUD (né en 1933) & DANIÈLE HUILLET (1936-2006)
En 1798, le poète et philosophe allemand Friedrich Hölderlin (1770-1843) écrit une tragédie sur la mort symbolique du législateur antique Empédocle. Les Straub reprennent ce texte ardu, dit avec un soin de la rythmique envoûtant. Ce rythme, le temps de l'écoute, comme celui de la vision, sont les seuls importants pour le couple.


Quand le vert de la terre brillera à nouveau pour vous (Der Tod des Empedokles oder Wenn dann der Erde Grün von neuem euch erglänzt). Avec : Andreas von Rauch (Empédocle), Howard Vernon (Hermocrate), Vladimir Baratta (Pausanias), Martina Baratta (Panthea), Ute Cremer (Delia), William Berger (Critias).
HÉRACLITE D'ÉPHÈSE (544/541 av.J.C. / 480 av.J.C.)
La naissance d’Héraclite serait contemporaine de la mort d’Anaximandre1. Héraclite naît à Éphèse dans la seconde moitié du vie siècle av. J.-C., vers 544-541 av. J.-C. (il avait quarante ans dans la 69e olympiade — 504-501 av. J.-C. — selon Diogène Laërce2). D'après Aristote, il serait mort à l'âge de 60 ans, donc vers 480 av. J.-C.3. Des lettres apocryphes4 le désignent comme un contemporain de Darius Ier ; ce dernier aurait invité Héraclite à sa cour, mais le philosophe aurait décliné l’invitation. D’autres sources situent son floruit dans la 80e ou la 81e olympiade5 ; en effet, selon Strabon, Hermodore, un Éphésien qui avait aidé les décemvirs romains pour la confection des Douze Tables, était ami d’Héraclite. Héraclite serait donc né après 510 av. J.-C., et mort autour de 450 av. J.-C. ; cette datation n’est généralement pas retenue, car la différence d’âge suffirait à résoudre cette contradiction. Clémence Ramnoux6 situe l’acmé d’Héraclite entre la bataille de Marathon et la bataille de Salamine, et dit sa vieillesse contemporaine de la libération de l’Ionie, soit après la bataille de Platées, soit peu après.
FRAGMENTS
1. Quant au logos, ce logos éternellement réel, les hommes à ce sujet sont sans compréhension tant qu'on ne leur en a pas parlé et quand on commence à leur en parler. Alors que toutes choses se produisent conformément au logos, on croirait qu'ils n'en ont pas fait l'expérience. Alors qu'ils ont en fait l'expérience de paroles et de faits analogues à ceux que je décris en distinguant chaque chose selon sa nature, et en expliquant comment elle est. Les autres hommes ne savent pas ce qu'ils font étant éveillés, de même qu'ils ne savent plus ce qu'ils ont fait [en rêve] dans leur sommeil.
2. …C'est pourquoi il faut s'attacher au commun. Car le commun unit. Mais lors que le logos est commun aux êtres vivants, la plupart s’approprient leur pensée comme une chose personnelle.
3. (Le soleil a) la grandeur d'un pied humain.
4. Si la félicité résidait dans les plaisirs du corps, nous dirions que les bœufs ont la félicité quand ils trouvent du foin à brouter.
5. Vainement les hommes souillés de sang par le sang se purifient; comme si quelqu'un qui est tombé dans la boue se lavait avec de la boue. Si on voyait un homme agir ainsi on le croirait fou. Et ils prient les images des dieux, comme si on s'entretenait avec une maison. Ils ne savent pas ce que sont les dieux et les héros.
6. Le soleil est nouveau chaque jour.
7. Si tous les êtres devenaient fumée, les narines les discerneraient.
8. Ce qui s'oppose coopère, et de ce qui diverge procède la plus belle harmonie, et la lutte engendre toutes choses.
9. Un âne choisirait des chardons plutôt que de l'or.
10. Unis sont tout et non tout, convergent et divergent, consonant et dissonant; de toutes choses procède l’un et de l'un toutes choses.
11. Tout ce qui rampe a pour partage les coups.
12. Pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves, autres et toujours autres sont les eaux qui s'écoulent ; et les âmes à partir des liquides s'en vont en vapeurs (chaudes et sèches).
[Zénon nomme l'âme une exhalaison (chaude et sèche) sensible.]
13. Trouver son plaisir dans l'ordure.
15. Si ce n'était pas pour Dionysos qu'ils font la procession et chantent l'hymne du phallus, ce seraient des actions de la dernière impudence. C'est un seul et même être que Hadès et Dionysos, pour qui ils délirent et font les bacchants.
16. [La clarté] qui ne se couche pas, comment lui échapperait-on ?
18. Si on n'espère pas, on ne trouvera pas l'inespéré; car on ne peut le chercher, il n'est pas de voie vers lui.
HÉRACLITE L'OBSCUR (1967)
PATRICK DEVAL (né en 1944)
Réalisateur Patrick Deval
Scénariste Patrick Deval
Société de production T.E.C.
Directeur de la photographie Raymond Sauvaire
Ingénieur du son Moncef Fercy
Compositeur de la musique originale Jacqueline Raynal
Monteur Jacqueline Raynal
Abdallah Chahed (Héraclite)
Charles Denner (une voix du narrateur)
René-Jean Chauffard (une voix du narrateur)
CONFUCIUS (-551 av.J.C. / - 479 av.J.C.)
Confucius (en français : /kɔ̃.fy.sjys/ ; chinois simplifié : 孔子 ; pinyin : Kǒng Zǐ ; Wade : K'ung³-tzu³), né le 28 septembre 551 av. J.-C. à Zou (陬) et mort le 11 avril 479 av. J.-C. à Qufu (曲阜) dans l’actuelle province du Shandong, est un philosophe chinois. Son patronyme est Kong, son prénom Qiu, et son prénom social Zhongni. Il est le personnage historique qui a le plus marqué la civilisation chinoise, et est considéré comme le premier « éducateur » de la Chine.
Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine politique et sociale érigée en religion d'État dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie qu'au début du xxe siècle, avec une résurgence en 1973 (voir Critique de Lin Piao et de Confucius). Ses principaux disciples sont nommés les Douze Philosophes et honorés dans les temples confucéens.
Il est généralement appelé Kǒngzǐ (孔子) ou Kǒng Fūzǐ (孔夫子) par les Chinois, ce qui signifie « Maître Kong » et a été latinisé en Confucius par les Jésuites. Les Coréens l'appellent Kong-ja, les Japonais, Kôshi, et les Vietnamiens, Khổng Tử.
LES QUATRE LIVRES
1. La loi que le Ciel a mise dans le cœur de l’homme s’appelle la loi naturelle. L’observation de la loi naturelle s’appelle la voie (ou la règle de nos actions). Réparer la voie (ou remettre en lumière dans le cœur des hommes la règle des actions que les passions ont obscurcie) cela s’appelle enseigner. Il n’est jamais permis de s’écarter de la règle de nos actions, même un instant ; s’il était permis de s’en écarter, elle ne serait plus règle. Pour cette raison, le sage prend garde et fait attention, même quand il ne voit rien qui réclame sa vigilance ; il craint et tremble, même quand il n’entend rien qui doive l’effrayer. Pour lui, rien n’apparaît plus à découvert que les secrets replis de son cœur ; et rien n’est plus manifeste que les plus petits indices. Aussi veille t il avec soin sur ce que lui seul connaît (sur ses pensées et ses sentiments les plus intimes).
Quand il ne s’élève dans l’âme aucun sentiment de joie, de colère, de tristesse ou de plaisir, on dit qu’elle est en équilibre (parce qu'elle n'incline d'aucun côté). Quand ces sentiments naissent dans l’âme sans dépasser la juste mesure, on dit qu’ils sont en harmonie. L’équilibre est le point de départ de toutes les transformations et de tous les changements qui s’opèrent dans l’univers. L’harmonie est la loi générale de tout ce qui se fait dans l’univers. Quand l’équilibre et l’harmonie atteignent leur plus haut degré, chaque chose est à sa place dans le ciel et sur la terre ; tous les êtres se propagent et se développent heureusement.
Dans ce premier article, Tzeu seu exprime les idées qu’il a reçues (des disciples de Confucius) et qui feront la base de son livre. Il montre d’abord que la loi naturelle a son fondement dans le ciel et est immuable ; qu’elle est tout entière en chacun de nous, et qu’il n’est jamais permis de s’en écarter. Il enseigne ensuite la nécessité d’en conserver et d’en entretenir la connaissance, et de nous examiner nous même. Enfin il parle de cette influence méritoire et toute puissante de l’homme qui, doué de la plus haute sagesse, transforme tout l’univers. Il désire que le disciple de la sagesse cherche en lui-même et trouve par lui-même ces vérités, afin qu’il repousse les mauvaises impressions faites sur lui par les objets extérieurs, et rende parfaites ses vertus naturelles. Ce premier article est ce que Iang tzeu appelle la substance et le résumé de tout l’ouvrage. Dans les dix articles qui vont suivre, Tzeu seu cite les paroles du Maître, pour compléter la doctrine du premier article. (Tchou Hi).
2. Confucius dit : L’homme vertueux reste dans l’invariable milieu ; celui qui n’est pas vertueux s’en écarte. (Tchoung, qui n'est ni oblique ni incliné, et atteint la limite sans la dépasser. Ioung, ordinaire et constant). Pour ce qui concerne l’invariable milieu, l’homme vertueux ne s’en écarte jamais, parce qu’il est vertueux ; celui qui n’est pas vertueux n’évite et ne craint rien, parce qu’il est vicieux. »
3. Confucius dit : « Se tenir dans l’invariable milieu, oh ! c’est la plus haute perfection ! Peu d’hommes sont capables de la garder longtemps. »
4. Confucius dit : « La voie de la vertu n’est pas suivie ; je le sais. Les hommes intelligents et éclairés vont au delà, et les ignorants restent en deçà. La voie de la vertu n’est pas bien connue ; je le sais. Les sages veulent trop faire, et les hommes vicieux, pas assez. C’est ainsi que tout homme boit et mange, et peu savent juger des saveurs !. »
5. Confucius dit : « Hélas ! la voie de la vertu n’est pas suivie ! »
6. Confucius dit : « Que Chouenn était prudent ! Il aimait à interroger ; il aimait à peser toutes les propositions qu’il entendait, même les plus simples. Il taisait ce qu’elles avaient de faux, et publiait ce qu’elles avaient de bon. Dans les bons avis, il considérait les deux extrêmes et choisissait le milieu pour s’en servir à l’égard du peuple. Oh ! c’est par ce moyen qu’il est devenu le grand Chouenn ! »
CONFUCIUS (2010)
HU MEI (née en 1958)
Réalisation : Hu Mei
Scénario : Chan Khan, He Yanjiang, Jiang Qitao et Hu Mei
Musique : Zhao Jiping.
Chow Yun-fat : Confucius
Zhou Xun : Nanzi
Chen Jianbin : Jisun Si
Xu Huanshan : Lao Tseu
Ren Quan : Yan Hui
Lu Yi : Jisun Fei
Wang Huichun : Li Chu
DOCUMENTAIRE & CONFERENCE
La Chine selon Confucius [Documentaire ARTE]
Conférence de Rémi Mathieu sur Confucius.
SOCRATE (-470/469 - - 399)
Socrate est connu comme l’un des créateurs de la philosophie morale. Socrate n’a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, Platon et Xénophon, ont notablement œuvré à maintenir l'image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.
Les philosophes Démétrios de Phalère, et Maxime de Tyr dans sa Neuvième Dissertation2 ont écrit que Socrate est mort à l’âge de 70 ans. Déjà renommé de son vivant, Socrate est devenu l’un des penseurs les plus illustres de l'histoire de la philosophie. Sa condamnation à mort et sa présence très fréquente dans les dialogues de Platon ont contribué à faire de lui une icône philosophique majeure. La figure de Socrate a été discutée, reprise, et réinterprétée jusqu'à l'époque contemporaine. Socrate est ainsi célèbre au-delà de la sphère philosophique, et son personnage entouré de légendes.
En dépit de cette influence culturelle, très peu de choses sont connues avec certitude sur le Socrate historique et ce qui fait le cœur de sa pensée. Les témoignages sont souvent discordants et la restitution de sa vie ou de sa pensée originelle est une approche sur laquelle les spécialistes ne s'accordent pas.
PLATON
LE PHEDON (extraits).
– Quand donc, dit Socrate, l’âme atteint-elle la vérité (ê alêtheia) ? En effet, lorsqu’elle entreprend d’étudier une question avec l’aide du corps, elle est complètement abusée par lui, cela est évident.
– Tu dis vrai.
– Donc, si jamais la réalité d’un être (tôn ontôn) apparaît à l’âme, c’est évidemment dans l’acte même de la pensée (en tô logizesthai) que cela a lieu ?
– Oui.
– Et l’âme pense (logizetai) mieux que jamais, sans doute, quand elle n’est troublée ni par l’ouïe, ni par la vue, ni par la peine, ni par le plaisir, et qu’elle s’est le plus possible isolée en elle-même : dégagée du corps, et rompant dans la mesure du possible tout commerce et tout contact avec lui, elle aspire à ce qui est (tou ontos).
– C’est bien cela.
– N’est-ce pas alors que l’âme du philosophe méprise le plus le corps, le fuit, et cherche à s’isoler en elle-même ?
– C’est clair.
Platon, Phédon, 65b-d.
« C’est en ayant souci de vous-mêmes (epimeleia) que tout ce que vous pourrez faire procurera de la joie. Mais si vous n’avez pas de souci de vous-mêmes, alors même si vous avez pris tous les engagements possibles, vous n’en serez pas plus avancés » (Platon, Phédon, 115b).

Ci-dessus : La Mort de Socrate - un tableau réalisé par le peintre français Jacques-Louis David en 1787. Il représente la mort du philosophe grec Socrate, condamné par les Athéniens à boire la ciguë (voir Procès de Socrate ). Le tableau avait été commandé à David par Charles-Michel Trudaine de la Sablière.
Alphonse de Lamartine, La Mort de Socrate.
Que la triste Phœbé de son pâle rayon
Caressait, dans la nuit, le sein d’Endymion ;
Ou que du haut du ciel l’âme heureuse du sage
Revenait contempler le terrestre rivage,
Et, visitant de loin le corps qu’elle a quitté,
Réfléchissait sur lui l’éclat de sa beauté,
Comme un astre bercé dans un ciel sans nuage
Aime à voir dans les flots briller sa chaste image.
On n’entendait autour ni plainte, ni soupir…
C’est ainsi qu’il mourut, si c’était là mourir !
SOCRATE (1970)
ROBERTO ROSSELINI (1906-1977)
Après qu'Athènes est tombée sous la coupe des Trente tyrans, les citoyens ne sont plus en sécurité pour leurs vies. Le philosophe Socrate, pendant ce temps, continue ses « prêches » philosophiques, rassemblant de plus en plus de jeunes disciples. Parmi eux, Platon, qui prend note des discours de son maître, ignorant des tensions. La jeunesse d'Athènes apprécie Socrate, tandis que les conservateurs, comme le comédien Aristophane, le tournent en ridicule et le traitent de sophiste.
Quand Socrate affirme avoir eu une vision des dieux à l'autel de Delphes, ces ennemis l'accusent en justice, plaidant que le philosophe corrompt la jeunesse avec des doctrines folles et ne croit pas en les dieux, mais en les démons. Socrate se défend en faisant son « apologie », mais les citoyens sont contre lui. Il est condamné à mort et emprisonné dans l'attente de son exécution. Ses disciples sont désespérés. L'un d'entre eux, Criton, essaye de l'aider en l'encourageant à fuir. Socrate rejette cette idée, disant qu'il doit obéir aux dirigeants de la cité. Socrate meurt en buvant la cigüe.
Réalisation : Roberto Rossellini
Scénario : Marcella Mariani, Renzo Rossellini, Roberto Rossellini
Jean-Dominique de La Rochefoucauld (adaptation française)
Costumes : Marcella De Marchis
Photographie : Jorge H. Martín
Son : Gianni Mazzarini, Jesús Navarro
Montage : Alfredo Muschietti
Musique : Mario Nascimbene.
Jean Sylvère : Socrate
Anne Caprile : Xanthippe
Giuseppe Mannajuolo : Apollodore
Ricardo Palacios : Criton
Antonio Medina : Platon
Julio Morales : Antisthène
Emilio Miguel Hernández : Mélétos
Emilio Hernández Blanco : Hypéride
Manuel Angel Egea : Cébès
Jesús Fernández : Cristobole
Eduardo Puceiro : Simmias
José Renovales : Phédon

HYPATHIE D'ALEXANDRIE (365/370 - 415)
Hypatie (Ὑπατία, née entre 355 et 370 selon les sources et assassinée par des chrétiens en 415) est une philosophe néoplatonicienne, astronome et mathématicienne grecque d'Alexandrie. Femme de lettres et de sciences, elle est à la tête de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie, au sein de laquelle elle enseigne la philosophie et l'astronomie. C'est la première mathématicienne dont la vie est bien documentée.
Hypatie est reconnue de son vivant pour être une professeure de renom et une sage conseillère. La seule source listant ses œuvres, la Souda, lui attribue un commentaire sur les Arithmétiques de Diophante d'Alexandrie, qui aurait peut-être partiellement survécu en se mélangeant au texte original de Diophante parvenu jusqu'à nous, et un autre, perdu, sur le traité d'Apollonios de Perga portant sur les sections coniques. Elle participe par ailleurs au commentaire ou à l'édition de l'Almageste de Ptolémée par son père. Elle est aussi capable de construire des astrolabes et des hydromètres.
Bien que non chrétienne, Hypatie est connue pour sa tolérance à l'égard des premiers chrétiens. Elle enseigne ainsi à de nombreux étudiants chrétiens, dont Synésios de Cyrène, futur évêque de Ptolémaïs. Jusqu'à la fin de sa vie, Hypatie conseille Oreste, alors préfet d'Égypte, qui est en conflit ouvert avec Cyrille d'Alexandrie, évêque d'Alexandrie.
HYPATIE
CHARLES LECONTE DE LISLE