AVERROÈS (1126-1198)
Ibn Rochd de Cordoue (en arabe : ابن رشد, Ibn Rushd?)a, plus connu en Occident sous son nom latinisé d'Averroèsb, est un philosophe, théologien, juriste et médecin musulman andalou de langue arabe du xiie siècle, né le 14 avril 1126 à Cordoue en Andalousie et mort le 10 décembre 1198 à Marrakech au Maroc. Il exerce les fonctions de grand cadi (juge suprême) à Séville et à Cordoue, et de médecin privé des sultans almohades, à Marrakech à une époque charnière où le pouvoir passe des Almoravides aux Almohades.
Lecteur critique d'Al-Fârâbî, Al-Ghazâlî et Avicenne, il est considéré comme l'un des plus grands philosophes de la civilisation islamique même s'il a été accusé d'hérésie à la fin de sa vie et s'il n'a pas eu de postérité immédiate dans le monde musulman.
PREUVE DE L'EXISTENCE DE L'ARTISAN (DIEU) PAR L'USAGE DE LA RAISON
Si l'acte de philosopher ne consiste en rien d'autre que dans l'examen rationnel des étants, et dans le fait de réfléchir sur eux en tant qu'ils constituent la preuve de l'existence de l'Artisan [Dieu], c'est-à-dire en tant qu'ils sont [analogues à] des artefacts — car de fait, c'est dans la seule mesure où l'on en connaît la fabrique que les étants constituent une preuve de l'existence de l'Artisan ; et la connaissance de l'Artisan est d'autant plus parfaite qu'est parfaite la connaissance des étants dans leur fabrique ; et si la Révélation recommande bien aux hommes de réfléchir sur les étants et les y encourage, alors il est évident que l'activité désignée sous ce nom [de philosophie] est, en vertu de la Loi révélée, soit obligatoire, soit recommandée.
[Les versets qui imposent l'usage de la raison]
Que la Révélation nous appelle à réfléchir sur les étants en faisant usage de la raison, et exige de nous que nous les connaissions par ce moyen, voilà qui appert à l'évidence de maints versets du Livre de Dieu — béni et exalté soit-Il. En témoigne, par exemple, l'énoncé divin : « Réfléchissez donc, ô vous qui êtes doués de clairvoyance », qui est une énonciation univoque du caractère obligatoire de l'usage du syllogisme rationnel, ou du syllogisme rationnel et juridique tout à la fois ; ou par exemple l'énoncé divin : « Que n'examinent-ils le royaume des cieux et de la terre et toutes les choses que Dieu a créées », encouragement énoncé de manière univoque à l'examen rationnel de tous les étants. Dieu — exalté soit-Il — a enseigné que parmi ceux qu'Il a distingués et honorés en leur conférant cette science fut Abraham — sur lui soit la paix. Il dit en effet : « Ainsi fîmes-Nous voir à Abraham le royaume des cieux et de la terre », etc., jusqu'à la fin du verset ; ou encore : « N'ont-ils point examiné les chameaux, comment ils ont été créés ? Et le ciel, comment il a été élevé ? » ; ou encore : « [...] et qui méditent sur la création des cieux et de la terre » ; ou d'autres innombrables versets encore.
LE DESTIN (1997)
YOUSSEF CHAHINE (1926-2008)
Réalisation : Youssef Chahine
Scénario : Youssef Chahine, Khaled Youssef
Production : Humbert Balsan, Gabriel Khoury
Photographie : Mohsen Nasr
Musique : Kamal el-Tawil, Yohia el-Mougy.
Nour El-Sherif : Averroès
Laila Eloui : la gitane
Mahmoud Hemeida : le calife
Safia el-Emary : la femme d'Averroès
Mohamed Mounir : Marwan
Khaled El Nabawy : Nasser
GIORDANO BRUNO (1548-1600)
Filippo Bruno, dit Giordano Bruno, né en janvier 1548 à Nola en Italie et mort le 17 février 1600 à Rome, est un frère dominicain et philosophe1,2,3,4 napolitain. Sur la base des travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, il développe la théorie de l'héliocentrisme et montre, de manière philosophique, la pertinence d'un univers infini, qui n'a ni centre ni circonférencenote 1, peuplé d'une quantité innombrable d'astres et de mondes identiques au nôtre.
Accusé formellement d'athéisme et d'hérésie (particulièrement pour sa théorie de la réincarnation des âmes) par l'Inquisition, d'après ses écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n'est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé5,6) et poursuivi pour son intérêt pour la magie, il est condamné à être brûlé vif au terme de huit années de procès ponctuées de nombreuses propositions de rétractation qu'il paraissait d'abord accepter puis qu'il rejetait. Une statue de bronze à son effigie trône depuis le xixe siècle sur les lieux de son supplice, au Campo de' Fiori à Rome. Il est compté au nombre des martyrs de la liberté de penser.
[Une infinité de mondes dans un univers infini] [5]
Teofilo
— Il est invraisemblable, dit ensuite Nundinio, que la Terre soit en mouvement, puisqu'elle est le centre et le milieu de l'univers ; centre qui doit être le fondement fixe et stable de tout mouvement. Le Nolain répondit que le même discours peut être tenu par quiconque considère le Soleil comme le milieu de l'univers et, par conséquent, comme un corps immobile et fixe : telle est l'opinion de Copernic et de beaucoup d'autres qui ont assigné à l'univers la limite d'une circonférence. De sorte que l'argument de Nundinio (si toutefois c'est un argument) ne vaut rien contre eux, et n'est qu'une pétition de principe. L'argument ne vaut rien non plus contre le Nolain, selon qui le monde est infini : aucun corps ne s'y trouve dont on puisse dire dans l'absolu qu'il occupe une position médiane, ou extrême, ou intermédiaire entre ces deux termes ; on ne peut le dire que relativement à d'autres corps et à d'autres termes appréhendés à cet effet.
Smitho
— Que vous en semble ?
Teofilo
— La remarque est très profonde. Car de même qu'aucun corps naturel ne s'est avéré absolument rond, ni par conséquent doté d'un centre dans l'absolu, de même parmi les mouvements sensibles et physiques que nous observons dans les corps naturels, il n'en est aucun qui ne s'écarte beaucoup du mouvement absolument circulaire et régulier autour d'un centre — en dépit des efforts de ceux dont l'imagination colmate et rebouche les orbites irrégulières ou les différences de diamètre, en inventant assez d'emplâtres et de recettes pour soigner la nature, — jusqu'à ce qu'elle se mette au service du maître Aristote, ou de quelque autre, pour conclure que tout mouvement est continu et régulier autour du centre. Mais nous qui prêtons attention non pas aux ombres de l'imagination, mais aux choses mêmes, nous qui considérons un corps aérien, éthéré, spirituel, liquide, un vaste réservoir de mouvement et de repos, immense même et infini — il nous faut au moins l'affirmer, puisque ni les sens ni la raison ne nous en font voir la fin, nous savons avec certitude qu'étant l'effet et le produit d'une cause infinie et d'un principe infini, il doit être infiniment infini quant à sa capacité physique et quant à son mode d'être. Et je suis certain que Nundinio, non plus que ceux qui exercent le magistère de l'entendement, ne pourra jamais établir (fût-ce avec une demi-probabilité) que notre univers corporel ait une limite, et que par conséquent les astres contenus dans son espace soient en nombre fini. Ni que cet univers connaisse un centre et milieu naturellement déterminé.
Smitho
— Nundinio a-t-il alors ajouté quelque chose ? A-t-il présenté quelque argument, ou quelque conjecture vraisemblable, qui permette d'inférer : premièrement que l'univers est fini ; deuxièmement, que la Terre en occupe le centre ; troisièmement, que ce centre est totalement immobile et dépourvu de mouvement local ?
Teofilo
— En homme qui, lorsqu'il affirme, affirme par foi et par habitude, et qui lorsqu'il nie, nie par refus de l'inhabituel et du nouveau — comportement ordinaire de ceux qui réfléchissent peu et ne maîtrisent pas plus leurs démarches rationnelles que leurs actes naturels, Nundinio demeura stupide et hébété, comme on peut l'être devant une soudaine et fantastique apparition. Et comme il était un peu plus discret et moins suffisant que son compagnon, il garda le silence, sans remplacer par des mots les arguments qu'il ne pouvait fournir.
Frulla
— Tout autre est le docteur Torquato qui, à tort ou à raison, au nom de Dieu ou du diable, veut toujours en découdre ; lors même qu'il n'a plus de bouclier pour se défendre ni d'épée pour attaquer, je veux dire quand il est à court de répliques et d'arguments, il décoche les coups de pied de la rage, aiguise les ongles de la diatribe, fait grincer les dents de l'injure, déploie la gorge des clameurs, pour empêcher l'expression des arguments contraires et leur interdire d'atteindre les oreilles de l'assistance : c'est ce que j'ai entendu dire.
Smitho
— Il n'a donc rien ajouté ?
Teofilo
— Il n'a rien ajouté à ce propos, mais s'est lancé dans une autre proposition.
GIORDANO BRUNO (1973)
GIULIANO MONTALDO (né en 1930)
Biographie du philosophe italien Giordano Bruno dont les écrits au XVIe siècle provoquèrent la colère de l'église catholique.
Réalisation : Giuliano Montaldo
Scénario : Giuliano Montaldo, Lucio De Caro, Pergiovanni Anchisi
Production : Carlo Ponti, Compagnia Cinematografica Champion et Les Films Condordia
Photographie : Vittorio Storaro, technicolor
Musique : Ennio Morricone.
Gian Maria Volontè : Giordano Bruno
Hans-Christian Blech : cardinal Sartori
Charlotte Rampling : Fosca
Mathieu Carrière : Orsini
Renato Scarpa : frère Tragagliolo
Mark Burns : Bellarmino
Giuseppe Maffioli : Arsenalotto
Massimo Foschi : Fra Celestino
RENÉ DESCARTES (1596 - 1650)
René Descartes est un mathématicien, physicien et philosophe français, né le 31 mars 1596 à La Haye-en-Touraine, aujourd'hui Descartes1, baptisé le 3 avril 1596 dans l'église Saint-Georges de Descartes, et mort le 11 février 1650 à Stockholm.
Il est considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie moderne. Il reste célèbre pour avoir exprimé dans son Discours de la méthode le cogiton 1 — « Je pense, donc je suis » — fondant ainsi le système des sciences sur le sujet connaissant face au monde qu'il se représente. En physique, il a apporté une contribution à l’optique et est considéré comme l'un des fondateurs du mécanisme. En mathématiques, il est à l’origine de la géométrie analytique3. Certaines de ses théories ont par la suite été contestées (théorie de l’animal-machine) ou abandonnées (théorie des tourbillons ou des esprits animaux). Sa pensée a pu être rapprochée de la peinture de Nicolas Poussin4 pour son caractère clair et ordonné, rapprochement qui semble contradictoire5. Le cogito marque la naissance de la subjectivité moderne.
LE DISCOURS DE LA MÉTHODE (1637)
Les préceptes de la connaissance
(première partie)
Comme un homme qui marche seul, et dans les ténèbres, je me résolus d’aller si lentement et d’user de tant de circonspection en toutes choses, que si je n’avançois que fort peu, je me garderois au moins de tomber. Je me résolus ensuite de ne rien accepter pour vrai qui n’apparaisse tel à ma connaissance avec évidence. Aussi dès que l’âge me permit d’échapper à l’autorité de mes maîtres, je quittais entièrement l’études des lettres et me résolus à ne pas chercher d’autre science que celle qui se trouvait en moi-même ou dans le grand livre du monde. Au cours de ces voyages il me semblait que je pourrais rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant ses affaires, que dans ceux que fait un homme de lettre dans son cabinet. J’appris aussi à ne rien croire trop fermement et je me fis pendant neuf années que rouler ça et là dans le monde, tâchant de déraciner de mon esprit toutes les erreurs qui avaient pu s’y glisser. Je commençais alors de découvrir les fondements d’une science admirable, et appris à conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter par degrés à la connaissance des plus composés. Je pris donc pour modèle ces longues chaines de raisons toutes simples et faciles dont les géomètres ont coutume de se servir. J’appris en même temps à corriger par ces raisonnements les erreurs de nos sens ; celles de la vue par exemple, qui nous indique à tort que la terre est (…) et que la lune et le soleil sont plus grands que les étoiles. Si j’ai depuis fait paraître quelques livres, je me suis efforcé d’être tenu au nombre des écrivains les plus vulgaires. Ecrivant en français, non en latin, et dans une langue par le moyen de laquelle les paysans pourraient
mieux juger de la vérité que les philosophes. Vous savez que je vis peu en France, encore moins à Paris où je vois tant de personnes qui se trompent en leurs opinions et en leurs calculs qu’il me semble que c’est une maladie universelle. Chacun y parait attentif à son seul profit, mais cela je le vois n’est encore qu’une vérité incomplète puisque vous êtes là, vous. Vous, mes amis. Vous, mon cher Mersenne, dont l’amitié me réchauffe et me montre que je ne suis pas tout à fait étranger en mon propre pays.
DESCARTES (1974)
ROBERTO ROSSELINI (1906-1977)
À dix-huit ans, René Descartes quitte le collège jésuite où il a pu développer son intérêt pour les mathématiques, la physique et l’astronomie. Arrivé à Paris, il fait la connaissance d’un illustre scientifique, le père Mersenne…
(Cartesius). Avec : Ugo Cardea (René Descartes), Anne Pouchie (Elezac), Claude Berthy (Guez de Balzac), Gabriele Banchero (Servo Bretagne).
BLAISE PASCAL (1623 - 1662)
Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clermont (aujourd'hui Clermont-Ferrand) en Auvergne et mort le 19 août 1662 à Paris, est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien.
Enfant précoce, il est éduqué par son père. Les premiers travaux de Pascal concernent les sciences naturelles et appliquées. Il contribue de manière importante à l’étude des fluides et clarifie les concepts de pression et de vide en étendant le travail de Torricelli. Il est l'auteur de textes importants sur la méthode scientifique.
LE PARI
Il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez‑vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir, l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l'un que l'autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est sans hésiter. – Cela est admirable. Oui, il faut gager. Mais je gage peut‑être trop. Voyons. Puisqu’il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n’aviez qu’à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager. Mais s’il y en avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer, et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie et de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d’une infinité de hasards il y en a un pour vous, s’il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner : mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti. Partout où est l’infini et où il n’y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n’y a point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garder la vie plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.
BLAISE PASCAL (1972)
ROBERTO ROSSELINI (1906-1977)
À seize ans, Blaise Pascal arrive avec sa famille à Rouen où il se consacre à l’étude des mathématiques. Tout en assistant son père, il invente la première calculatrice mécanique et se voue ensuite simultanément aux études théologiques et scientifiques…
Réalisateur : Roberto Rossellini
Scénario : Marcella Mariani, Roberto Rossellini et Luciano Scaffa
Musique : Mario Nascimbene.
Pierre Arditi : Blaise Pascal
Rita Forzano : Jacqueline Pascal
Giuseppe Addobbati : Étienne Pascal
BERTRAND LE BOUYER DE FONTENELLE (1657-1757)
Fils de l'avocat François Le Bouyer de Fontenelle (1611-1693)1 et neveu de Corneille par sa mère Marthe Corneille (1623-1696)2, Fontenelle fit des études chez les jésuites de Rouen, où il laissa le renom d’un « jeune homme parfait sous tous les rapports ». Il entra ensuite au barreau, y plaida une seule cause, la perdit, et vint à Paris, auprès de son oncle maternel Thomas Corneille, débuter dans la littérature. Après des pièces de vers insérées dans le Mercure, il donna la tragédie d’Aspar (1680). Il publia son Dialogue des morts (1683), des Poésies pastorales (1688), et trouva sa voie dans la littérature scientifique, qu’il aborda par des Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), œuvre de vulgarisation scientifique qui connut un vif succès. Flourens en a fait l’éloge en disant « que Fontenelle a le double mérite d’éclaircir ce qu’il peut y avoir d’obscur dans les travaux de ceux qu’il loue, et de généraliser ce qu’ils ont de technique. » Il connaît assez les sciences pour en parler agréablement et exactement, mais qui n’y a pas pénétré assez profondément pour risquer d’être abstrait et obscur
DU BONHEUR (1724)
Voici une matière la plus intéressante de toutes, dont tout le monde parle, que les philosophes, surtout les anciens, ont traitée avec beaucoup d’étendue : mais quoique très intéressante, elle est dans le fond assez négligée ; quoique tout le monde en parle, peu de gens y pensent ; et quoique les philosophes l'aient beaucoup traitée, ç'a été si philosophiquement, que les hommes n'en peuvent tirer guère de profit.
On entend ici par le mot de bonheur un état, une situation telle qu'on en désirât la durée sans changement ; et en cela le bonheur est différent du plaisir, qui n'est qu'un sentiment agréable, mais court et passager, et qui ne peut jamais être un état. La douleur aurait bien plutôt le privilège d'en pouvoir être un.
A mesurer le bonheur des hommes seulement par le nombre et la vivacité des plaisirs qu'ils ont dans le cours de leur vie, peut-être y a-t-il un assez grand nombre de conditions assez égales, quoique fort différentes. Celui qui a moins de plaisirs les sent plus vivement : il en sent une infinité que les autres ne sentent plus ou n'ont jamais senti ; et à cet égard la nature fait assez son devoir de mère commune. Mais si, au lieu de considérer ces instants répandus dans la vie de chaque homme, on considère le fond des vies mêmes, on voit qu'il est fort inégal ; qu'un homme qui a, si l'on veut, pendant sa journée autant de bons moments qu’un autre, est tout le reste du temps beaucoup plus mal à son aise, et que la compensation cesse entièrement d'avoir lieu.
C'est donc l'état qui fait le bonheur : mais ceci est très fâcheux pour le genre humain. Une infinité d'hommes sont dans des états qu'ils ont raison de ne pas aimer ; un nombre presque aussi grand sont incapables de se contenter d'aucun état : les voilà donc presque tous exclus du bonheur, et il ne leur reste pour ressources que des plaisirs, c’est-à-dire des moments semés ça et là sur un fond triste qui en sera un peu égayé. Les hommes, dans ces moments, reprennent les forces nécessaires à leur malheureuse situation, et se remontent pour souffrir.
Celui qui voudrait fixer son état, non par la crainte d'être pis, mais parce qu'il serait content, mériterait le nom d'heureux : on le reconnaîtrait entre tous les autres hommes à une espèce d'immobilité dans sa situation ; il n'agirait que pour s'y conserver, et non pas pour en sortir. Mais cet homme-là a-t-il paru en quelque endroit de la terre ? On en pourrait douter, parce qu'on ne s'aperçoit guère de ceux qui sont dans cette immobilité fortunée ; au lieu que les malheureux qui s'agitent composent le tourbillon du monde, et se font bien sentir les uns aux autres par les chocs violents qu'ils se donnent. Le repos même de l’heureux, s'il est aperçu, peut passer pour être forcé, et tous les autres sont intéressés à n'en pas prendre une idée plus avantageuse. Ainsi l'existence de l'homme heureux pourrait être assez facilement contestée. Admettons-la cependant, ne fût-ce que pour nous donner des espérances agréables : mais il est vrai que, retenus dans de certaines bornes, elles ne seront pas chimériques.
Quoi qu'en disent les fiers Stoïciens, une grande partie de notre bonheur ne dépend pas de nous. Si l'un d'eux, pressé par la goutte, lui a dit : Je n'avouerai pourtant pas que tu sois un mal ; il a dit la plus extravagante parole qui soit jamais sortie de la bouche d’un philosophe. Un empereur de l’univers, enfermé aux petites-maisons , déclare naïvement un sentiment dont il a le malheur d'être plein ; celui-ci, par engagement de système, nie un sentiment très vif, et en même temps l'avoue par l'effort qu'il fait pour le nier. N’ajoutons pas à tous les maux que la nature et la fortune peuvent nous envoyer, la ridicule et inutile vanité de nous croire invulnérables.
Il serait moins déraisonnable de se persuader que notre bonheur ne dépend point du tout de nous ; et presque tous les hommes ou le croient, ou agissent comme s'ils le croyaient. Incapables de discernement et de choix, poussés par une impétuosité aveugle, attirés par des objets qu'ils ne voient qu'au travers de mille nuages, entraînés les uns par les autres sans savoir où ils vont, ils composent une multitude confuse et tumultueuse, qui semble n'avoir d'autre dessein que de s'agiter sans cesse. Si, dans tout ce désordre, des rencontres favorables peuvent en rendre quelques-uns heureux pour quelques moments, à la bonne heure ; mais il est bien sûr qu'ils ne sauront ni prévenir ni modérer le choc de tout ce qui peut les rendre malheureux. Ils sont absolument à la merci du hasard.
UN COEUR OUBLIÉ (2001)
PHILIPPE MONNIER (né en 1937)
-
Réalisation : Philippe Monnier, assisté d'Alain Nauroy
Scénario : Jacques SantamariaJuMichel Serraultl : Bertrand de Fontenelle
Aurélien Recoing:
Christine Citti :
Vittoria Belvedere :
VOLTAIRE (1694 - 1778)
François-Marie Arouet, dit Voltaire, né le 21 novembre 1694 à Paris et mort dans la même ville le 30 mai 1778 (à 83 ans), est un écrivain, philosophen 1 et homme d'affaires français qui a marqué le xviiie siècle. Représentant le plus connu de la philosophie des Lumières, anglomane, féru d'arts et de sciences, personnage complexe, non dénué de contradictions, Voltaire marque son époque par sa production littéraire et ses combats politiques. Son influence est décisive sur les classes fortunées libérales avant la Révolution française et pendant le début du xixe siècle. Anticlérical mais déiste, il dénonce dans son Dictionnaire philosophique le fanatisme religieux qu'il estime exister à son époque. Sur le plan politique, il est en faveur d’une monarchie modérée et libérale, éclairée par les « philosophes ». Mettant sa notoriété au service de personnes qu'il dit victimes de l’intolérance religieuse ou de l’arbitraire, il prend position dans des affaires qu’il a rendues célèbres : Jean Calas, Pierre-Paul Sirven, chevalier de La Barre et comte de Lally.
TRAITE SUR LA TOLÉRANCE
Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire;
Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
Alfred de Musset Rolla.
[...]
Il semble que, que quand il s’agit d’un parricide et de livrer un père de famille au plus affreux supplice, le jugement devrait être unanime, parce que les preuves d’un crime si inouï devraient être d’une évidence sensible à tout le monde : le moindre doute dans un cas pareil doit suffire pour faire trembler un juge qui va signer un arrêt de mort. La faiblesse de notre raison et l’insuffisance de nos lois se font sentir tous les jours ; mais dans quelle occasion en découvre-t-on mieux la misère que quand la prépondérance d’une seule voix fait rouer un citoyen ? Il fallait, dans Athènes, cinquante voix au delà de la moitié pour oser prononcer un jugement de mort. Qu’en résulte-t-il ? Ce que nous savons très inutilement, que les Grecs étaient plus sages et plus humains que nous.
Il paraissait impossible que Jean Calas, vieillard de soixante-huit ans, qui avait depuis longtemps les jambes enflées et faibles, eut seul étranglé et pendu un fils âgé de vingt-huit ans, qui était d’une force au-dessus de l’ordinaire ; il fallait absolument qu’il eut été assisté dans cette exécution par sa femme, par son fils Pierre Calas, par Lavaisse, et par la servante. Ils ne s’étaient pas quittés un seul moment le soir de cette fatale aventure. Mais cette supposition était encore aussi absurde que l’autre : car comment une servante zélée catholique aurait-elle pu souffrir que des huguenots assassinassent un jeune homme élevé par elle pour le punir d’aimer la religion de cette servante ? Comment Lavaisse serait-il venu exprès de Bordeaux pour étrangler son ami dont il ignorait la conversion prétendue ? Comment une mère tendre aurait-elle mis les mains sur son fils ? Comment tous ensemble auraient-ils pu étrangler un jeune homme aussi robuste qu’eux tous, sans un combat long et violent, sans des cris affreux qui auraient appelé tout le voisinage, sans des coups réitérés, sans des meurtrissures, sans des habits déchirés.
Il était évident que, si le parricide avait pu être commis, tous les accusés étaient également coupables, parce qu’ils ne s’étaient pas quittés d’un moment ; il était évident qu’ils ne l’étaient pas ; il était évident que le père seul ne pouvait l’être ; et cependant l’arrêt condamna ce père seul à expirer sur la roue.
Le motif de l’arrêt était aussi inconcevable que tout le reste. Les juges qui étaient décidés pour le supplice de Jean Calas persuadèrent aux autres que ce vieillard faible ne pourrait résister aux tourments, et qu’il avouerait sous les coups des bourreaux son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus, quand ce vieillard, en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges.
[...]
Voltaire, Traité sue la tolérance, Histoire abrégée de la mort de Jean Calas (extrait), 1763
VOLTAIRE & L'AFFAIRE CALAS
FRANCIS REUSSER (1942-2010)
À Toulouse, en 1761, Marc-Antoine Calas est découvert mort étranglé dans la maison familiale. Son père, le calviniste Jean Calas, injustement accusé de l'avoir tué pour l'empêcher de se convertir au catholicisme, est condamné à mort. Il sera roué, étranglé et brûlé. Voltaire fera de ce « fait divers » un symbole de l'intolérance et du fanatisme.
Réalisateur : Francis Reusser
Scénariste : Alain Moreau
Musique : Line Adam.
Claude Rich : Voltaire
Barbara Schulz : Marie Corneille
François Germond : Jean Calas
Pascale Rocard : Marie Calas
Carlo Brandt : David de Baudrigue
DENIS DIDEROT (1713-1784)
Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d'art, critique littéraire et traducteur. Diderot est reconnu pour son érudition, son esprit critique et un certain génie. Il laisse son empreinte dans l'histoire de tous les genres littéraires auxquels il s'est essayé : il pose les bases du drame bourgeois au théâtre, révolutionne le roman avec Jacques le Fataliste et son maître, invente la critique à travers ses Salons et supervise la rédaction d'un des ouvrages les plus marquants de son siècle, la célèbre Encyclopédie. En philosophie également, Diderot se démarque en proposant plus de matière à un raisonnement autonome du lecteur plutôt qu'un système complet, fermé et rigide.
ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ DES SCIENCES
PROSPECTUS
L’ouvrage que nous annonçons n’est plus un ouvrage à faire. Le manuscrit et les dessins en sont complets. Nous pouvons assurer qu’il n’y aura pas moins de huit volumes et de six cents planches, et que les volumes se succéderont sans interruption.
Après avoir informé le public de l’état présent de l’Encyclopédie, et de la diligence que nous apporterons à la publier, il est de notre devoir de le satisfaire sur la nature de cet ouvrage et sur les moyens que nous avons pris pour l’exécution. C’est ce que nous allons exposer avec le moins d’ostentation qu’il nous sera possible.
On ne peut disconvenir que, depuis le renouvellement des lettres parmi nous, on ne doive en partie aux dictionnaires les lumières générales qui se sont répandues dans la société, et ce germe de science qui dispose insensiblement les esprits à des connaissances plus profondes. Combien donc n’importait-il pas d’avoir en ce genre un livre qu’on pût consulter sur toutes les matières, et qui servît autant à guider ceux qui se sentiraient le courage de travailler à l’instruction des autres, qu’à éclairer ceux qui ne s’instruisent que pour eux-mêmes !
C’est un avantage que nous nous sommes proposé ; mais ce n’est pas le seul. En réduisant sous la forme de dictionnaire tout ce qui concerne les sciences et les arts, il s’agissait encore de faire sentir les secours mutuels qu’ils se prêtent ; d’user de ces secours, pour en rendre les principes plus sûrs, et leurs conséquences plus claires ; d’indiquer les liaisons éloignées ou prochaines des êtres qui composent la Nature, et qui ont occupé les hommes ; de montrer, par l’entrelacement des racines et par celui des branches, l’impossibilité de bien connaître quelques parties de ce tout, sans remonter ou descendre à beaucoup d’autres ; de former un tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles ; de présenter ces objets avec clarté ; de donner à chacun d’eux l’étendue convenable, et de vérifier, s’il était possible, notre épigraphe par notre succès :
Tantum series juncturaque pollet,
Tantum de medio sumptis accedit honoris !
Horat. de Arte. poet., v. 249.
Jusqu’ici personne n’avait conçu un ouvrage aussi grand, ou du moins personne ne l’avait exécuté. Leibnitz, de tous les savants le plus capable d’en sentir les difficultés, désirait qu’on les surmontât. Cependant on avait des Encyclopédies ; et Leibnitz ne l’ignorait pas lorsqu’il en demandait une.
La plupart de ces ouvrages parurent avant le siècle dernier, et ne furent pas tout à fait méprisés. On trouva que s’ils n’annonçaient pas beaucoup de génie, ils marquaient au moins du travail et des connaissances. Mais que serait-ce pour nous que ces Encyclopédies ? Quel progrès n’a-t-on pas fait depuis dans les sciences et dans les arts ? Combien de vérités découvertes aujourd’hui, qu’on n’entrevoyait pas alors ? La vraie philosophie était au berceau ; la géométrie de l’infini n’était pas encore ; la physique expérimentale se montrait à peine ; il n’y avait point de dialectique ; les lois de la saine critique étaient entièrement ignorées. Descartes, Boyle, Huyghens, Newton, Leibnitz, les Bernoulli, Locke, Bayle, Pascal, Corneille, Racine, Bourdaloue, Bossuet, etc., ou n’existaient pas, ou n’avaient pas écrit. L’esprit de recherche et d’émulation n’animait pas les savants : un autre esprit, moins fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse et de méthode, ne s’était point soumis les différentes parties de la littérature ; et les académies, dont les travaux ont porté si loin les sciences et les arts, n’étaient pas instituées.

Si les découvertes des grands hommes et des compagnies savantes dont nous venons de parler offrirent dans la suite de puissants secours pour former un dictionnaire encyclopédique, il faut avouer aussi que l’augmentation prodigieuse des matières rendit, à d’autres égards, un tel ouvrage beaucoup plus difficile. Mais ce n’est point à nous à juger si les successeurs des premiers encyclopédistes ont été hardis ou présomptueux ; et nous les laisserions tous jouir de leur réputation, sans en excepter Éphraïm Chambers, le plus connu d’entre eux, si nous n’avions des raisons particulières de peser le mérite de celui-ci.
LE LIBERTIN (2000)
GABRIEL AGHION (né en 1955)
Au xviiie siècle, alors que l'Église interdit la diffusion de l'Encyclopédie, le philosophe Diderot continue pourtant à l'imprimer clandestinement dans le château du Baron et de la Baronne d'Holbach. La finition de son travail tarde cependant : quelle définition donner au mot « morale » ? De plus, l'arrivée au château du cardinal et de Mme Therbouche, une prétendue artiste venue pour faire un portrait de Diderot, n'arrange pas les choses...
Réalisateur : Gabriel Aghion
Scénariste : Gabriel Aghion et Éric-Emmanuel Schmitt
Scripte : Suzanne Durrenberger
Société de production : Bel Ombre Films, Canal+, Josy Films, Mosca Films, Sans Contrefaçon Productions, TF1 Films Production.
Producteur : Raphaël Cohen
Musique du film : Bruno Coulais.
Vincent Pérez : Denis Diderot
Michel Serrault : le cardinal, frère du baron
Fanny Ardant : Madame Therbouche
Arielle Dombasle : Madame de Jerfeuil
Josiane Balasko : Baronne d'Holbach
Christian Charmetant : Chevalier de Jerfeuil
Françoise Lépine : Madame Diderot
François Lalande : Baron d'Holbach
Bruno Todeschini : Marquis de Cambrol
Arnaud Lemaire : Marquis de Lutz
Audrey Tautou : Julie d'Holbach
Vahina Giocante : Angélique Diderot
Yan Duffas : Abraham
Véronique Vella : La cousine de Jerfeuil
Éric Savin : Chef de la police
Thierry Nzeutem : Mohamed, le masseur eunuque
Jean Pommier : Le domestique
EMMANUEL KANT (1724 - 1804)
Emmanuel Kant (en allemand : Immanuel Kant [ʔɪˈmaːnu̯eːl kant]1), né le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse-Orientale, et mort dans cette même ville le 12 février 1804, est un philosophe allemand, fondateur du criticisme et de la doctrine dite «idéalisme transcendantal.»
Grand penseur de l'Aufklärung (Lumières allemandes), Kant a exercé une influence considérable sur l'idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général. Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques – à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger – fait ainsi l'objet d'appropriations et d'interprétations successives et divergentes.
CRITIQUE DE LA RAISON PURE (1781)
INTRODUCTION
I
De la différence de la connaissance pure et de la connaissance empirique.
Il n’est pas douteux que toutes nos connaissances ne commencent avec l’expérience ; car par quoi la faculté de connaître serait-elle appelée à s’exercer, si elle ne l’était point par des objets qui frappent nos sens et qui, d’un côté, produisent d’eux-mêmes des représentations, et, de l’autre, excitent notre activité intellectuelle à les comparer, à les unir ou à les séparer, et à mettre ainsi en œuvre la matière brute des impressions sensibles pour en former cette connaissance des objets qui s’appelle l’expérience ? Aucune connaissance ne précède donc en nous, dans le temps, l’expérience, et toutes commencent avec elle.
Mais, si toutes nos connaissances commencent avec l’expérience, il n’en résulte pas qu’elles dérivent toutes de l’expérience. En effet, il se pourrait bien que notre connaissance expérimentale elle-même fût un assemblage composé de ce que nous recevons par des impressions, et de ce que notre propre faculté de connaître tirerait d’elle-même (à l’occasion de ces impressions sensibles), quoique nous ne fussions capables de distinguer cette addition d’avec la matière première que quand un long exercice nous aurait appris à y appliquer notre attention et à les séparer l’une de l’autre. C’est donc, pour le moins, une question qui exige un examen plus approfondi et qu’on ne peut expédier du premier coup, que celle de savoir s’il y a une connaissance indépendante de l’expérience et même de toutes les impressions des sens. Cette espèce de connaissance est dite à priori, et on la distingue de laconnaissance empirique, dont les sources sont à posteriori, c’est-à-dire dans l’expérience.
![]()
LES DERNIERS JOURS D'EMMANUEL KANT (1993)
PHILIPPE COLIN (né en 1931)
Emmanuel Kant, le célèbre philosophe, auteur de la Métaphysique des mœurs, approche de la fin de sa vie. Son existence est entièrement rythmée par des habitudes prises depuis de longues années. Le départ de son majordome va bouleverser cette vie si bien planifiée...
Réalisation : Philippe Collin
Scénario : Philippe Collin, André Scala, adapté du récit de Thomas de Quincey
Production : Archipel 33.
David Warrilow : Emmanuel Kant
Christian Rist : le silhouetteur
André Wilms : Wasianski
Roland Amstutz : Lampe
Julien Rochefort : l'étudiant
Claude Aufaure : l'oiseleur
François Raoul-Duval : le Général
Alain Mac Moy : Green
Jean Dautremay : Borowski
Alain Rimoux : Motherby
Hélène Roussel : la sœur d'Emmanuel Kant
Réginald Huguenin : Kauffmann
Emmanuelle Clove
KARL MARX (1818 - 1883)
Karl Marx1 [kaʁl maʁks] (en allemand : [kaːɐ̯l ˈmaːɐ̯ks]3), né le 5 mai 1818 à Trèves dans le grand-duché du Bas-Rhin et mort le 14 mars 1883 à Londres, est un philosophe, historien, sociologue, économiste, journaliste, théoricien de la révolution4, socialiste et communiste allemand. Il est connu pour sa conception matérialiste de l'histoire, son analyse des rouages du capitalisme et de la lutte des classes, et pour son activité révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier. Il a notamment été un des membres dirigeants de l'Association internationale des travailleurs (Première Internationale). Des courants de pensée se revendiquant principalement des travaux de Marx sont désignés sous le nom de marxisme. Marx a eu une grande influence sur le développement ultérieur des sciences humaines et sociales. Ses travaux ont marqué de façon considérable le xxe siècle, au cours duquel de nombreux mouvements révolutionnaires et intellectuels se sont réclamés de sa pensée.
MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE
Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le Pape et le Czar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne.
Quelle est l’opposition que n’ont pas accusée de communisme ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas relancé à ses adversaires de droite ou de gauche l’épithète flétrissante de communiste ?
Deux choses ressortent de ces faits :
1° Déjà le communisme est reconnu par toutes les puissances d'Europe comme une puissance ;
2° Il est grand temps que les communistes exposent, à la face du monde entier, leur manière de voir, leurs buts et leurs tendances ; qu’ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du parti.
Dans ce but, des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le manifeste suivant, qui sera publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois.
I
bourgeois et prolétaires
L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes.
Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurandes et compagnons, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée ; une guerre qui finissait toujours, ou par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, ou par la destruction des deux classes en lutte.
Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une division hiérarchique de la société, une échelle graduée de positions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres, des compagnons, des serfs ; et dans chacune de ces classes, des gradations spéciales.
La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n’a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n’a fait que substituer aux anciennes, de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte.
Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’ère de la Bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes ennemies : la Bourgeoisie et le Prolétariat.
Des serfs du moyen âge naquirent les éléments des premières communes ; de cette population municipale sortirent les premiers éléments de la Bourgeoisie.
La découverte de l’Amérique, la circumnavigation de l’Afrique, offrirent à la Bourgeoisie naissante un nouveau champ d’action. Les marchés de l’Inde et de la Chine, la colonisation de l’Amérique, le commerce colonial, l’accroissement des moyens d’échange et des marchandises imprimèrent une impulsion, inconnue jusqu’alors, au commerce, à la navigation, à l’industrie, et assurèrent, par conséquent, un rapide développement à l’élément révolutionnaire de la société féodale en dissolution.
LE JEUNE KARL MARX (2017)
RAOUL PECK (né en 1953)
En 1844, Karl Marx, jeune journaliste et philosophe de 26 ans, est victime de la censure en Allemagne. Il s’exile à Paris avec sa femme Jenny von Westphalen. Ils y font la rencontre de Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel allemand. Le trio va alors décider qu'il faut changer le monde et débutent la rédaction d'une œuvre qui accompagnera les multiples révoltes ouvrières en Europe : le Manifeste du Parti communiste.
Réalisation : Raoul Peck
Scénario : Raoul Peck et Pascal Bonitzer
Photographie : Kolja Brandt
Montage : Frédérique Broos
Direction artistique : Merlin Ortner
Décors : Frédéric Delrue et Nele Jordan
Musique : Alexei Aigui.
August Diehl : Karl Marx
Stefan Konarske : Friedrich Engels
Vicky Krieps : Jenny von Westphalen
Olivier Gourmet : Pierre-Joseph Proudhon
Hannah Steele (en) : Mary Burns (en)
Alexander Scheer : Wilhelm Weitling
Hans-Uwe Bauer (de) : Arnold Ruge
Michael Brandner (de) : Joseph Moll
Ivan Franek (en) : Mikhaïl Bakounine
FRIEDRICH NIETZSCHE (1844 - 1900)
Friedrich Nietzsche [ˈfʁiːdʁɪç ˈvɪlhɛlm ˈniːt͡sʃə]1 Écouter (souvent francisé en [nit͡ʃ ]) est un philologue, philosophe, poète, pianiste et compositeur allemand, né le 15 octobre 1844 à Röcken, en province de Saxe, et mort le 25 août 1900 à Weimar, en Saxe-Weimar-Eisenach.
PAR DELA BIEN ET MAL (1886)
(...) Je pourrais concevoir une musique dont l'ensorcellement suprêmement rare consisterait à ne plus rien savoir du bien et du mal, sur laquelle peut-être passeraient çà et là quelque nostalgie de navigateur, quelques ombres dorées et tendres faiblesses: un art qui, de très loin, verrait fuir vers lui les colorations d'un monde moral en train de décliner, devenu presque incompréhensible, et qui serait assez hospitalier et assez profond pour recueillir ses fugitifs attardés.
(...) Comme, dès l’abord, nous avons su conserver notre ignorance pour jouir d’une liberté à peine compréhensible, pour jouir du manque de scrupule, de l’imprévoyance, de la bravoure et de la sérénité de la vie, pour jouir de la vie ! Et c’est seulement sur ces bases, dès lors solides et inébranlables, de l’ignorance, que la science a pu s’édifier jusqu’à présent, la volonté de savoir sur la base d’une volonté bien plus puissante encore, la volonté de l’ignorance, de l’incertitude, du mensonge !
(...) L’homme, animal multiple, menteur, artificiel et impénétrable, inquiétant pour les autres animaux, moins par sa force que par sa ruse et sa sagacité, l’homme a inventé la bonne conscience pour jouir enfin de son âme comme d’une chose simple. Toute la morale est une longue, une audacieuse falsification, grâce laquelle une jouissance, devant le spectacle de l’âme, devient possible. De ce point de vue, il y a sans doute plus de choses qui rentrent dans le concept « art » qu’on ne le croit communément.
(...) Habitants ou tout au moins hôtes de nombreuses provinces de l'esprit, évadés sans cesse des obscurs et agréables refuges où une prédilection ou une préaversion, la jeunesse, l'origine, le hasard des hommes et des livres, ou même la fatigue de nos pérégrinations semblaient nous cantonner, pleins de méchanceté à l'égard de la dépendance et de ses appâts cachés dans les honneurs, l'argent, les fonctions ou les entraînements des sens, reconnaissants même envers la détresse et les vicissitudes de la maladie parce qu'elles nous affranchirent toujours de quelque règle et de son "préjugé", reconnaissants envers le dieu, le diable, le mouton et le ver qui nous habitent, curieux jusqu'au vice, chercheurs jusqu'à la cruauté, pourvus de doigts agiles pour saisir l'insaisissable, de dents et d'estomacs pour digérer les viandes les plus indigestes, prêts à toute tâche qui réclame un esprit perçant et des sens aiguisés, prêts à n'importe quel risque grâce à notre surabondance de "libre volonté", doués d'une âme qui se montre et d'une âme qui se cache et dont personne ne pénètre aisément les ultimes desseins, animés de mobiles qui s'avouent et de mobiles qui se taisent et que personne ne peut scruter jusq'au bout, clandestins sous des manteaux de lumière, conquérants sous nos airs d'héritiers et de dissipateurs, classificateurs et collectionneurs du matin au soir, avares de nos richesses et de nos tiroirs pleins, ménagers de notre savoir, qu'il s'agisse d'apprendre ou d'oublier, inventeurs de schémas, quelquefois fiers de nos tables de catégories, quelquefois pédants, quelquefois hiboux laborieux en plein jour et même, s'il le faut, épouvantails - et aujourd'hui il le faut, car nous sommes les amis nés, jurés et jaloux de la solitude, de notre propre et profonde solitude du plein midi et du plein minuit -, voila l'espèce d'hommes que nous sommes, nous, les esprits libres !
Ci-contre : Bande-annonce du film Et Nietzsche à pleuré de. Etbande-annonce également de Le cheval de Turin de Belà Tarr.
AU-DELA DU BIEN ET DU MAL (1977)
LILIANA CAVANI (née en 1933)
Deux hommes et une femme, dans leur tentative de vie commune, défient les tabous de la société allemande du XIXe siècle.
